Jacques Garcia

Jacques Garcia fait partie des décorateurs marquants des trente dernières années, et d’une façon très originale qui le met à la fois sur un pied d’égalité et dans un tout autre monde que les Philip Starck, Andrée Putmann ou Pierre Yovanovitch.

La touche très particulière de Jacques Garcia, c’est une façon de revisiter le baroque et le classique, de créer des ambiances riches et chargées mais pas oppressantes, et de jouer avec les codes en mêlant à de très belles pièces des babioles chinées, des petits riens qui font vivre son décor. Un style qu’il résume ainsi « voir grand dans l’élégance, de faire riche sans pour autant s’appesantir« .

Il est principalement connu pour deux choses : la restauration du Château de Champs de Bataille, sa demeure et son oeuvre, et les décors d’hôtels et de restaurants qu’il met en place à travers le monde.

Il a aussi créé des objets et du mobilier, en vente notamment chez Baker.

Les hôtels et les restaurants « Garcia »

Parmi les plus connus, on peut citer l’Hôtel Odéon Saint Germain, le Costes ou le Fouqet’s, le Régent Grand Hôtel à Bordeaux, ou la Mamounia de Marrakech, un de ses chantiers les plus récents.

Dans tous on retrouve la même patte, un air de famille indéniable, et en même temps, une originalité réelle. Des velours riches, des meubles confortables et moelleux, une ambiance qui allie le Grand Siècle aux raffinements de Coco Chanel, et une modernité qui apparaît soudain dans des alliances de couleurs hardies, des arrangements floraux art déco… et partout, toujours, une gestion des espaces qui permet de trouver une intimité même dans les plus grands établissements.

A ses débuts, ses décors étaient plus franchement modernes, ainsi ceux qu’il avait réalisé pour la Tour Montparnasse. Mais c’est la rencontre avec Diane Desseigne qui lui confie l’aménagement des hôtels de la chaine Lucien Barrière, après la première rénovation de quelques suites du célèbre hôtel Royal de Deauville.

Chambre du Royal Barrière de Deauville
Chambre du Royal Barrière de Deauville

En 1990, Jacques Garcia devient connu du grand public avec l’ouverture de l’hôtel Costes.

Le Régent Grand Hôtel à Bordeaux

Le Régent Grand Hôtel, rénové en 2009, est typique du travail de Jacques Garcia.

On voit dans le restaurant (le Pressoir d’Argent) des sièges inspirés de formes très classiques, XIX°, confortables et cossus.

Restaurant "Le Pressoir d'Argent" au Régent Grand Hôtel de Bordeaux
Restaurant « Le Pressoir d’Argent » au Régent Grand Hôtel de Bordeaux

Mais la forme a été épurée, les accoudoirs ont disparus (et a-t-on besoin d’accoudoirs dans un restaurant ?), surtout les couleurs sont totalement modernes. L’orange et le violet claquent joyeusement sans se détruire, donnant un vrai dynamisme et une réelle gaîté à une grande pièce qui aurait risqué, autrement, d’être un peu froide. (Mais il fallait bien conserver les fenêtres donnant sur la très belle façade du théâtre).

Les chambres sont décorées dans le même esprit « ancien revisité ».

Suite De Luxe
Suite De Luxe

Le lit de cette suite, avec son baldaquin qu’on imaginerait issu tout droit de Versailles ou de Champs de Bataille, donne une impression de grand luxe. Mais le rideau du baldaquin est tout simple, blanc sans même la bordure bleue qui habille les rideaux de la fenêtre, identiques à ceux du restaurant.

Et surtout la tête de lit, si elle semble de prime abord très baroque, avec sa forme un peu tarabiscotée, et sans aucun doute une simple planche de bois découpée et recouverte d’un tissu uni. On est dans une suite de luxe, mais en même temps presque déjà dans un décor de théâtre.

Suite Junior au Régent Grand Hôtel
Suite Junior au Régent Grand Hôtel

La Suite Junior reprend les mêmes codes, avec la même tête de lit, mais un tissu différent, sagement rayé bleu et blanc, et un peu moins d’espace que dans la suite de luxe. Il y en a quand même suffisamment pour glisser, à côté d’un fauteuil habillé du même tissu, deux autres sièges recouverts d’un velours parme intense.

Vue de la suite Royale
Vue de la suite Royale

Quand à la suite Royale, est est chaude et imposante, avec ses deux fauteuils rouges en « demi canapé » qui ouvrent comme une allée conduisant au lit, imposant avec la même tête de lit, mais des tissus oranges et bleus. Les mêmes qui recouvrent les petits sièges Empire, avec des motifs traditionnels, dont pourtant, la colorisation aurait fait lever un sourcil horrifié aux élégants de l’époque.

On voit bien ici, en quelques images, la « touche Garcia » : un classicisme recréé, avec des teintes audacieuses, chaudes, provocantes, un décor assumé, des détails qui « jouent » le luxe … et bien entendu, une qualité et un confort qui eux, sont du vrai luxe.

La Mamounia de Marrakech

C’est d’ailleurs exactement la même démarche qui a guidé Jacques Garcia dans la rénovation de La Mamounia, qui a rouvert à la fin 2011, après plus d’une année de travaux.

"Chambre claire", la Mamounia
« Chambre claire », la Mamounia

Les éléments du décor marocain sont là, et particulièrement les cuirs, les motifs géométriques, et les couleurs sourdes.

Chambre avec vue sur les jardins
Chambre avec vue sur les jardins

Les chambres sont « semblables mais pas identiques ». Et dans les suites, le luxe provient autant de l’accumulation des étoffes et des coussins que de la qualité intrinsèque des meubles.

Suite de luxe à la Mamounia
Suite de luxe à la Mamounia

Le décor n’est pas « tout marocain ». Ou plutôt, Jacques Garcia s’est souvenu que les sultans du Maroc aimaient importer des objets précieux d’Europe et d’Asie. Les suites ont donc aussi des sièges XVIII°, des laques précieuses, des miroirs « de Venise »…

L’Odéon Saint Germain

La rénovation du « petit » hôtel de l’Odéon Saint Germain a été faite selon les mêmes principes. C’est un des salons de cet hôtel qui est représenté dans la petite photo en haut de l’article. Il est intéressant d’entendre Jacques Garcia parler de cette réalisation, de sa façon de jouer avec les contraintes (ici, un tout petit espace au coeur de Paris, surtout en comparaison avec les hôtels que je vous ai montrés), de traiter les grandes et les petites pièces.

Le château de Champs de Bataille

Ce château historique, situé au coeur de la Normandie, à proximité d’Evreux, est la demeure privée de Jacques Garcia, et une de ses oeuvres les plus abouties.

En 1992, Jacques Garcia se porte acquéreur du château construit par Alexandre de Créqui au XVII° siècle, puis habité par la famille d’Harcourt. Le château, initialement somptueux, a souffert de l’histoire, de la révolution, et il est en piteux état, simplement conservé « hors d’eau » (donc, malgré tout, les détériorations ne sont pas trop importantes…)

Jacques Garcia, grand collectionneur, cherchait une demeure où abriter tous les meubles et les objets qu’il avait commencé à acheter depuis l’âge de quinze ans, en 1962. Il s’agit de faire des travaux importants. Dans la vidéo, il est intéressant de l’entendre expliquer la différence entre le respect de la tradition (les dorures à l’eau), et l’innovation avec les doubles vitrages…

La grande tempête de 1999 détruit toute la végétation. Ce sera paradoxalement une chance pour Champs de Bataille, car cela pousse Jacques Garcia à rechercher les plans des premiers jardins, dessinés par Lenôtre. Il s’aperçoit alors que les jardins ont été mis en place, à l’époque des Créqui, et il décide de les recréer.

Les travaux pour y arriver sont titanesque, avec des millions de mètres cubes de terre remués… mais le résultat est là !

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *