Bien vivre avec du parquet ancien

Une des choses pour lesquelles je craquais en inspectant l’appartement de Lauren Bacall, en dehors de la vue sur Central Park, c’est son parquet ! Je dois vous faire un aveu : je ne veux pas d’autre type de sol (en dehors de la cuisine et de la salle de bains, évidemment).

Un salon d'hôtel aux meubles dans les tons de violet avec un très beau parquet
Les salons du Cedar Wood Hotel à New York : un plancher ancien à bâtons rompus

Quand j’étais enfant, nous habitions dans un de ces beaux immeubles haussmanniens aux parquets de chêne massif en point de Hongrie. Les parquets étaient vieux, ils faisaient du bruit, ils pouvaient lâcher une écharde traîtresse si on marchait pied nu, mais ils étaient beaux, d’une couleur sombre qui variait avec la lumière et chaleureux.

Ponçage à la paille de fer

Paille de fer rectangulaire et multi-couche
La bonne vieille paille de fer

Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, comme dit le chanteur…

Notre propriétaire n’avait pas vitrifié le parquet, et nous devions, régulièrement, le poncer à la paille de fer, une fois par mois environ, puis le cirer soigneusement. Pour ma mère, c’était une corvée, pour moi un jeu, elle me reprochait même, parfois, de trop frotter.

Nous prenions chacune une paille de fer, mettions une paire de chaussons « de travail », dont on pouvait abîmer la semelle, et faisons une sorte de patinage sur place. J’essayais de faire une lame d’un seul coup, mais j’étais bien petite pour y arriver…

On travaillait pièce par pièce. L’appartement était grand, mais avec beaucoup de tapis, et on ne faisait le « grand nettoyage » en enlevant les tapis qu’une fois par an.

Malgré tout, le ponçage prenait bien une heure.

Après on passait l’aspirateur pour enlever la poussière avant de cirer.

Le cirage à la main

Un bidon jaune orné de motifs d'alvéoles d'abeilles, avec le petit bonhomme en bois O'Cedar qui se détache sur le logo rouge.
La cire à parquet O Cedar

L’odeur de la cire était une première récompense.

Je me souviens du bidon jaune avec un bouchon rouge d’O-cedar, avec ses rayons de cire dessinés ! La forme du logo et du petit bonhomme en bois s’est modernisée, mais il a toujours la même allure.

On prenait un premier chiffon, qu’on imbibait de cire pour la déposer sur le parquet. Il fallait faire attention à ne pas trop en mettre et se rendre le travail plus difficile.

Cire ou encaustique ? En fait, la cire liquide qu’on utilisait contenait un peu d’alcool de térébenthine, qui servait de solvant mais qui permettait aussi de bien faire briller. Ce mélange s’appelle de l’encaustique.

Une fois la cire passée, il fallait attendre une demi-heure qu’elle sèche, puis à nouveau frotter, avec un chiffon propre, pour enlever le résidu de cire et la faire briller.

Ça nous prenait bien deux à trois heures, et à la première goutte d’eau sur le parquet apparaissaient des petites taches rondes qu’il faudrait poncer la fois suivante.

Pour la petite fille que j’étais, c’était un moment amusant, je jouais en fait, à bien poncer dans le sens du fil des lames, et j’ai toujours adorer « faire briller, polir, cirer, lustrer », mais pour ma mère c’était une corvée, et elle se plaignait régulièrement que le propriétaire refuse de vitrifier les parquets.

La vitrification rend le parquet facile à vivre

Le mot « vitrification » lui-même était bien mystérieux.

J’imaginais une véritable vitre, très fine, posée sur le parquet pour nous empêcher de le tacher, et je me disais que cela devait être bien fragile. Sans doute la raison pour laquelle le propriétaire ne voulait pas nous faire entrer dans la modernité ?

 

Parquet vitrifié à damier, les planchettes se soulèvent à cause des infiltrations d'eau sous le parquet.
Ce parquet, abîmé par des fuites d’eau du radiateur, est vitrifié « effet miroir »

En réalité, à l’époque, les vernis (puisque la « vitrification » est la pose d’une couche de vernis protecteur, épais, sur le parquet, qui empêche l’eau de pénétrer) étaient beaucoup moins faciles à vivre qu’aujourd’hui, beaucoup plus long à poser, beaucoup plus polluants… et l’opération beaucoup plus coûteuse.

En s’y prenant avec soin, il est possible de vitrifier soi-même son parquet. On trouve dans les magasins de bricolage tout le nécessaire. Et avec les nouveau vernis, l’opération peut-être finalisée très rapidement, en trois jours ! (Le vernis sèche en une journée, mais il faut encore attendre 48 heures qu’il ait suffisamment durci pour réinstaller les meubles).

La beauté d’un parquet ancien bien entretenu

Avoir du parquet dans un appartement est essentiel pour moi, et je parle de véritable parquet, pas de stratifié.

Cuisine toute en longueur, en tons de gris très clair et bois, avec un parquet en point de Hongrie, un plan de travail en marbre et une grande fenêtre
La cuisine monochrome de l’architecte d’intérieur Joseph Dirand.
Source : Le New York Times, The reinvention of minimalism

Chacun ses petites madeleines de Proust.

Je préfère d’ailleurs un parquet un peu ancien, éventuellement légèrement déformé, avec des petits bouts de lames qui ont souffert du temps à un parquet neuf, nickel et trop brillant sous son vernis.

Mais je dois bien avouer, malgré tout, que je ne referais plus les séances paille de fer et encaustique de mon enfance !

Le parquet « Point de Hongrie » qui était courant dans les anciens appartements parisiens est, avant les marqueteries, un des motifs les plus couteux et difficiles à réaliser, puisque chaque extrémité de la lame doit être coupée en angle. Il y a donc beaucoup de perte, par rapport à une pose à la française, et ces parquets sont de plus en plus difficiles à trouver.

Lors de rénovations complètes, les propriétaires choisiront des motifs plus économiques, comme les bâtons rompus (les mêmes que le point de Hongrie, mais avec des extrémités carrées) ou les lames parallèles (parquets à la française ou à l’anglaise).

Mais que c’est beau ! Regardez à droite cette cuisine, chez Joseph Dirand, un grand architecte d’intérieur. Je m’y installerais rien que pour le parquet !

J’apprécie tout particulièrement que le parquet ne soit pas trop brillant, un défaut de certaines vitrifications. C’est d’ailleurs la même chose dans la photo en haut de l’article : ce plancher d’hôtel de luxe est bien évidemment vitrifié, mais cela ne choque pas.

Comment entretenir son parquet ancien ?

Une rénovation en profondeur pour commencer

Quand on achète un appartement ou une maison avec du parquet ancien, il vaut mieux commencer par une bonne rénovation, enlever les planches qui sont trop abîmées, notamment les bois noircis ou soulevés par des infiltrations d’eau, et faire vérifier par un spécialiste que le support du parquet est de bonne qualité.

S’il faut refaire le support, vous préférerez certainement vous attaquer à ce chantier avant d’avoir emménagé, évitant ainsi de devoir vider toutes les pièces.

Un canapé jaune, des fauteuils en cuir élimé et un parquet à bâtons rompus artificiellement usé.
Une pièce décorée par « The Loft » dans le vieux théâtre du Vaudeville, à Amsterdam.
Parquets rénovés à l’apparence vintage, assortiments de meubles vintages et luminosité maximum.
Photo AicoLind

Cette étape est essentielle ! Si vous aimez les sols vintage, faites comme The Loft, un studio de décoration hollandais qui a posé des parquets neufs spécialement traités pour un look vintage (trouvé via Moon to Moon)

Une fois cette opération de base faite, une bonne vitrification, respectueuse (pas d’effet miroir sur les parquets anciens, par pitié) pourra, selon les pièces et votre mode de vie, tenir entre cinq et quinze ans, si le parquet est régulièrement entretenu.

L’entretien au quotidien

Là c’est le rêve : dépoussiérage au balai ou à l’aspirateur, puis nettoyage avec une serpillère légèrement mouillée, ou imbibée de produit spécifique (qui contient du lustrant).

C’est tout !

Attention quand même à ne pas trop demander au vernis : la graisse ou les solvants peuvent le dissoudre, ce type de tache est à éponger immédiatement… et il vaut mieux aussi ne pas tester son imperméabilité en laissant l’eau trop longtemps sur le bois.

L’entretien annuel

Chaque année on peut déposer une couche de rénovateur métallisant. C’est beaucoup plus simple à poser que le vernis, ou l’encaustique de mon enfance : il suffit de passer deux couches, à l’aide d’une serpillère imbibée de produit, en ayant laissé sécher entre les deux couches.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *