Le « Egg Chair » : quatre designers et une copie pour une idée

Il existe deux « fauteuils oeuf », même si leur noms sont légèrement différents et que leur aspect ne permet pas de les confondre. Le véritable « Egg Chair » a été créé par Arne Jacobsen en 1958, lorsqu’il a reçu la commande du mobilier du Radisson Hotel à Copenhague.

Le « Egg Pod Chair », quant à lui, est une création inspirée du ,  dont il reprend le concept dans une forme ovoïde et non plus ronde.

Vue de face et de dos de l'egg chair de Jacobsen
Le fauteuil d’origine, avec son ton marron chaud, tel qu’il avait été installé à l’hôtel Radisson

L’oeuf et la boule qui nous viennent du froid

Moins de dix ans séparent ces deux créations, le Ball Chair d’Aarnio ayant été conçu en 1963 et édité pour la première fois en 1968, mais ce sont des années essentielles, les matières changent, les couleurs aussi, le monde devient hippie et psychédélique… le cossu fauteuil Oeuf, recouvert de deux peaux entières de cuir de vache n’a pas grand chose en commun avec la capsule blanche confortablement capitonnée, si ce n’est le confort et la forme ronde.

Le décorateur assis dans un Ball Chair
Eero Aarnio, assis dans le prototype d’origine… au téléphone !

Ce qui est amusant, c’est de voir à quel point ces deux fauteuils sont confondus dans l’esprit du public. Sans doute parce que celui qui porte réellement le nom de « Fauteuil Oeuf » a une forme nettement moins ovoïde que le fauteuil ballon ?

Et que le fauteuil ballon est devenue une icône du design seventies grâce à de nombreuses apparitions dans des films ?

Le fauteuil « Sound Machine » californien

Une version réellement ovoïde a été créée, généralement commercialisée sous le nom d’Alpha Egg Shell Chair. Produite aujourd’hui dans un pays asiatique, elle est, selon les sites en lignes, directement attribuée à Jacobsen, ou indiquée comme « inspirée » de Jacobsen ou d’Aarnio (mais aucune trace sur le site officiel de ce dernier).

Le designer et deux fauteuils, en plein air
Henrik Thor Larsen et deux fauteuils Ovalia. Orange seventies ou noir intemporel ?

Cette dernière version est beaucoup plus proche de l’Ovalia Egg Chair du danois Henrik Thor-Larsen, mais elle est nettement moins pure comme lignes, avec ses accoudoirs intérieurs et son repose-pieds.  L’Ovalia a elle aussi été éditée en 1968, la même année que le fauteuil boule.

L’Alpha Egg Chair dotée de hauts-parleurs intérieurs : un véritable sound-system, bien avant le home cinema !

Capitonnage crème et coque sombre
Un exemplaire rare d’une Alpha Egg Shell d’origine avec son tabouret

La réalité est ailleurs : l’Alpha Egg Chair a été créé dans les années 70 aux États-Unis, en Californie précisément, par un(e) designer du nom de Lee West, qui était à la tête d’une éphémère société « Lee West Corporation ». Éphémère car, soit Lee West souffrait de phobie administrative, soit il n’avait pas de succès commercial. On trouve en effet dans les archives en ligne la trace de deux sociétés Lee West à la même adresse, la première a exercé son activité de 1969 à 1971, puis a été suspendue parce qu’elle ne remplissait pas ses déclarations, la seconde a été créée en 1976 puis dissoute à une date inconnue.

Alpha Sheel Egg Chair bleu et blanc
Et la version moderne, blanc et couleurs vives, qu’on trouve aujourd’hui en ligne

Sans possibilité de défendre ses intérêts, peut-être parti ailleurs, aux Indes, dans un trip hippie, le Lee West californien n’a aucun moyen de défendre ses droits, il est largement copié… mais pour les magasins en ligne, il est plus glamour d’attribuer son fauteuil à Jacobsen.

Des idées dans l’air du temps

C’est aussi cela l’histoire du design et de la déco : des idées et des formes qui se diffusent, dont chaque créateur s’inspire pour créer à nouveau.

L’évolution des matériaux et des techniques permet de créer des formes toujours nouvelles : la fibre de verre, les matériaux plastiques ont libéré les designers qui étaient encore contraints, à l’époque de Jacobsen ou Van Rohe, par les propriétés des métaux.

Dans une grande pièce, le fauteuil oeuf face à une cheminée
Une version moderne, vert d’eau, du fauteuil d’Arne Jacobsen, avec son tabouret

Ces fauteuils ont, indubitablement, une date. Mais la pureté de leurs lignes, leur confort, leurs innovations technologiques expliquent l’intérêt qu’on leur porte encore aujourd’hui, au-delà de l’amour du vintage !

 

 

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