Devenir architecte est presque aussi difficile que devenir médecin

En architecture comme dans d’autres domaines, la méthode « à la française » a longtemps été différente de celle des autres pays. En effet, la tradition qui liait l’architecture aux Beaux Arts est restée effective jusqu’à la fin des années soixante, alors que dans les autres pays, les études d’architecture étaient déjà passées dans le giron de l’université depuis longtemps.

Il faut être ingénieur et artiste pour être architecte

En effet, jusqu’à la fin du XIX°, il n’y avait pas de formation officielle d’architecte. Suivant la tradition d’apprentissage, la formation se faisait auprès d’un autre architecte. Dans la bonne société, il était de bon ton de savoir dessiner un bâtiment, nombre de maisons et de façades étaient dessinées par leurs futurs propriétaires qui passaient ensuite la main à la technique.

Aujourd’hui, selon les pays, l’accent est plus mis sur l’aspect ingénieur ou sur l’aspect Beaux-Arts, partout les études d’architectures intègrent des cours techniques et des cours orientés vers le dessin, l’histoire de l’architecture, l’intégration d’un bâtiment dans l’environnement urbain.

Le cursus d’architecte a encore quelques spécificités en France. Par contre il a un point commun les filières de formation dans les autres pays : il est extrêmement sélectif. De plus, à la différence de la majorité des grandes écoles, il ne suffit pas d’intégrer une ENSA pour être certain d’être diplômé : le taux d’échec est aussi important à chaque étape, il peut enfin varier fortement d’une école à l’autre pour la réussite à l’examen final.

Façade verre et métal
Les nouveaux bâtiments de l’ENSA de Strasbourg

Un cursus universitaire en cinq ans minimum, accessible dès le bac

Je ne vais pas rentrer en détail dans la description du cursus, qui est constitué d’un premier cycle de trois ans, au bout duquel on obtient le Diplôme d’Etudes en Architecture, correspondant au niveau de la licence, puis un second cycle de deux ans, au bout duquel on obtient le Diplôme d’Etat d’Architecte, équivalent à un DEA. Ces deux diplômes peuvent être complétés par des diplômes de spécialisation ou d’enseignement supérieur.

Pour pouvoir exercer pleinement son métier, l’Architecte diplôme doit, de plus, être inscrit à l’Ordre des Architectes après avoir obtenu un diplôme supplémentaire, l’Habilitation à l’Exercice de la Maîtrise d’Œuvre en son Nom Propre, sinon il ne peut que travailler en salarié dans un cabinet. Inscrit à l’Ordre des Architectes, il devient Architecte DPLG.

Bien que le cursus suive un modèle universitaire, il est dispensé dans des Écoles Nationales Supérieures d’Architecture. En Belgique et au Canada, l’enseignement de l’architecture est rattaché à l’université, comme dans le monde anglo-saxon ; en Suisse, il s’agit aussi d’une grande école.

Dessin d'architecte des années soixante
En architecture, le dessin est – presque – aussi important que le plan

A la différence des grandes écoles d’ingénieur, l’entrée en ENSA se fait sur la base d’un entretien et d’un dossier de motivation. Néanmoins, étant donné le caractère sélectif de cet entretien, il existe, comme pour les écoles d’ingénieurs, des écoles de préparation au concours d’architecte, qui aident les candidats à construire leur dossier et à passer des entretiens blancs.

Il existe par ailleurs des écoles d’ingénieurs qui dispensent une double formation, ingénieur + architecte, entre autres le CNAM, l’École des ponts et chaussées, les écoles centrales de Lyon et Nantes… le cursus dure deux ans de plus (rejoignant la durée du cursus anglais, qui intègre des stages importants).

Un taux d’échec élevé sur toute la durée du cursus

En 2012, l’Aeres fait un rapport sur les ENSA et le cursus pour devenir architecte. Peu de choses ont changé depuis, le gouvernement n’ayant fait des propositions qu’en 2015, qui en sont encore au stade de la concertation.

Un taux élevé d’échec à la fin de la première année

Avec un taux moyen de 25% d’échec en fin de première année, les ENSA se situent dans la moyenne des formations sélectives. Mais ce taux pourrait sans doute être amélioré si la sélection était plus forte sur les capacités scientifiques de l’étudiant (le bac S n’est pas exigé, dans la logique « Beaux Arts ») et les très grosses disparités constatées d’une école à l’autre posent des questions sur la qualité de la sélection ou sur celle de l’enseignement…

Un taux toujours élevé d’échec et de grandes disparités au moment des deux diplômes

Mais la première année ne constitue pas un filtre effectif, comme cela se passe dans d’autres filières. En effet, le taux de réussite du Diplôme d’Etudes en Architecture n’est que de 66%, avec 60 points d’écart entre Montpellier et la Normandie. Montpellier est à nouveau en queue de peloton pour le Diplôme d’Etat d’Architecte, avec un taux de réussite de 50%, soit quarante points de moins que Paris et l’Ensa.

Ce taux très élevé d’échec en fin de parcours pose un véritable problème, d’autant plus qu’il n’existe pas de filières de réorientation structurées, comme en médecine.

Deux mains, une règle et un mètre, en train de tracer un plan
Symbole de la profession d’architecte, le dessin de plan est informatisé… et souvent sous-traité

Causes et remèdes

On peut se demander si, paradoxalement, les prépas – qui sont fortement critiquées pour leurs coûts – ne sont pas en partie responsables de cet état de fait. En permettant à des élèves de passer avantageusement un entretien, alors que la sélection ne se fait pas sur leurs capacités techniques, elles les aident à accéder à des études pour lesquelles ils n’ont pas obligatoirement les moyens de réussir.

La standardisation des études d’architectes, qui a conduit à leur raccourcissement, et qui a donc supprimé le stage pratique, déporté après l’obtention du diplôme, pour la fameuse HOMNP, peut aussi avoir sa part.

Amélioration de la sélection, renforcement de la formation pratique semblent donc les deux axes de travail essentiels pour que les études d’architectes ne laissent plus autant de jeunes en route. Car architecte est un beau métier, qui permet de faire cela :

Vue panoramique de Taipei avec la tour du Tapei 101 au premier plan
La tour du Taipei Financial Center domine très largement les autres gratte-ciels

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *