Les codes de la décoration orientale

Pour comprendre les bases de la décoration orientale, il faut connaître son histoire, et savoir comment elle a évolué. Pour résumer, la décoration orientale, c’est un mélange entre la sobriété du nomade des déserts brûlants, et le luxe des cours des sultans. C’est une façon d’aménager les pièces pour emprisonner la fraîcheur, et faire circuler l’air au maximum. Et enfin, c’est l’influence d’une religion, l’Islam, qui interdit la représentation humaine (ou animale) et oblige donc à utiliser exclusivement des motifs géométriques ou floraux.

Le mobilier oriental : un mobilier nomade

La décoration orientale est née sous la tente.

Tentes de bédouins en péninsule arabique
Les tentes des nomades bédouins : tout commence ici.
Photo CC BY NC de James Gordon (Flickr)

Même chez les plus riches marchands de Medine et de la Mecque, il était courant de partir se rafraîchir dans les oasis du désert. Les marchands eux-mêmes partaient pour de longues caravanes qui suivaient pendant plusieurs mois les routes de la soie, de l’or ou des épices. Et bien sûr, une partie de la population de la péninsule arabique était nomade.

Le salon marocain est organisé comme une tente
Le salon marocain : une « tente » dans la maison

Pour tous, il était vital de transporter aussi peu de meubles que possibles. La tente organise les codes qui se retrouveront ensuite dans les plus grands palais : avant tout, des coussins, des tapis, des couvertures, que l’on transporte facilement, et qui ont de multiples usages ; quelques tentures pour séparer des espaces privés, légères pour laisser passer l’air frais. Et quelques coffres, des tables basses qui sont au départ de simples tréteaux sur lesquels on pose des plateaux.

Une pièce dans une maison d'Arabie Orientale
Reconstitution d’une chambre dans une maison d’Arabie Orientale, au XIX° siècle, pour la Saudi Arabian Encyclopedia.
Photo CC BY NC SA de Waleed Alzuhair

Dans les maisons des villes, on change de pièce au gré des saisons : l’été, on s’enfonce au coeur de la maison, pour chercher la fraîcheur dans de grandes pièces sombres. L’hiver, on va plutôt dans les pièces ouvertes sur l’extérieur, pour profiter du soleil. Enfin, les pièces de vie servent à tout : salon dans la journée, on déroule les couvertures sur les tapis, le soir, pour les transformer simplement en lits.

L’essentiel du décor est donc réduit à des étoffes et à quelques accessoires. Le luxe n’est pas dans la taille du mobilier, ou dans le nombre de fauteuils, mais dans la richesse des matières, l’épaisseur des tapis, la finesse des motifs. Et dans la beauté des quelques pièces d’orfèvrerie, du miroir ou des quelques coffres, dans la délicatesse des gravures.

Tapis marocains
Les tapis se posent au sol, se suspendent aux murs et servent de couverture

C’est le premier code de la décoration orientale : des étoffes, des tapis épais, des coussins, et peu de « meubles ».

A la recherche de la fraîcheur

Bien que les conquêtes arabes les aient emmenés dans des pays où l’hiver est froid, au coeur des montagnes de l’ancienne Perse, en Kabylie, dans l’Atlas marocain, l’objectif essentiel d’un aménagement oriental, c’est de traquer toutes les sources de fraîcheur, et de se défendre contre le froid.

Ainsi les sols et les murs seront recouverts de céramiques. Richement décorées, elles remplacent les tableaux interdits, mais surtout il est facile de les arroser. En mettant de l’eau sur le sol, on rafraîchit la plus chaude des pièces… au moins pour un moment.

Le plafond de céramiques de la mosquée bleue
Le plafond de céramiques de la grande mosquée bleue
Zelliges de l'Alhambra
Zelliges de l’Alhambra
photo Flickr (CC BY NC ND) de musical photo man

L’art des céramiques est une des marques de l’orient. Fins décors tunisiens peints sur les plaques réalisées à Nabeul, décors fleuris d’Izmir, richissimes céramiques qui ornent certaines mosquées, comme la mosquée Al Aksa, ou la grande mosquée bleue, zelliges plus simples qu’on trouve dans toutes les maisons marocaines, décors ouvragés faits de petits tasseaux de céramiques dessinant des motifs complexes… on a le choix, mais on ne peut pas imaginer une décoration orientale sans un peu de céramique (sauf si elle a été recouverte par des tapis, bien sûr !)

Une fontaine de l'Alhambra
Les fontaines de l’Alhambra de Grenade.
Photo Flickr (CC BY NC ND) de musical photo man

L’eau est donc omniprésente : les grandes demeures, qu’on appelle riads, sont organisées autour d’un patio central. Et au centre de ce patio, une fontaine, vers laquelles courent parfois de petits canaux. En plus du bruit agréable qu’elle fait, l’eau courante se réchauffe et s’évapore moins vite. Le palais du Généralife, à Grenade, est un des plus beaux exemples de cette utilisation de l’eau…

Enfin il y a peu de portes : les pièces sont ouvertes sur les patios, en enfilades, l’air circule, de très hautes fenêtres, sur l’extérieur, sont obstruées partiellement par les moucharabiehs. Elles sont orientées pour laisser passer le moins de soleil possible, mais captent les bribes de vent, qui vont ensuite courir dans les couloirs, sans être réellement arrêtées par les rideaux de gazes. Les portes, quand elles existent, sont hautes, et ne sont fermées que la nuit, pour s’isoler.

Des couleurs chatoyantes

La décoration orientale est synonyme de couleurs intenses, souvent de rouges, d’oranges, de jaunes, rehaussées pour les plus riches par des broderies d’or.

Il existe aussi d’autres harmonies : le bleu et l’or, pour les étoffes, le bleu et le blanc, pour les zelliges. Le vert est aussi très apprécié (puisque c’est la couleur de l’Islam).

Les bois, quand ils sont présents, sont généralement foncés.

Les tapis peuvent être contrastés par rapport au reste de la pièce : on peut par exemple avoir des divans et des coussins dans les tons de bleu, avec un grand tapis à dominante rouge.

Plafond décoré d'octogones et de motifs géométriques
Décoration orientale avec des couleurs traditionnelles pour un plafond

Initialement, les couleurs étaient celles des colorants naturels utilisés pour teindre les fibres : l’indigo pour le bleu, la menthe pour le vert, le safran pour le jaune et l’orange, la garance ou la cochenille pour le rouge. On les retrouve aussi dans les peintures, qui décorent les plafonds.

Les céramiques, elles, étaient teintes avec des minerais, avant cuisson.

Sur la photo du salon au début de l’article, les divans sont bordeaux et or, tandis que les céramiques jouent sur plusieurs nuances de vert. Toutes les harmonies sont possibles.

Harmonie orientale
Harmonie orientale : des couleurs chaudes

Les motifs abstraits

 

Détail d'une mosaïque de l'Alhambra
Détail d’une mosaïque, avec motifs articulés autour de l’octogone

L’Islam interdit l’idôlatrie. Quand le prophète Mohamed a épousée Aïcha, qui sera son épouse préférée, et qui était la fille d’un riche commerçant, il vivait très simplement. La nourrice d’Aïcha, frappée par le dénuement de la chambre de la jeune épouse (qui devait être encore plus simple que la chambre arabe montrée un peu plus haut), fait venir en hâte des étoffes de la maison de son père, dont certaines, en provenance d’Egypte, étaient ornées de visages.

Quand il entrera dans la pièce, Mohamed se fâchera, et arrachera les tentures. Les représentations du vivant sont autorisées seulement sur les étoffes qu’on peut fouler aux pieds (tapis, et dans une moindre mesure, coussins). Mais comme les tapis sont aussi accrochés aux murs… en bref, la décoration orientale, ce sont uniquement des motifs abstraits, géométriques d’une part, floraux de l’autre (à l’exception des régions en contact avec l’Inde, où des représentations humaines sont utilisées, mais stylisées).

L’octogone est un des motifs de base, qui va être utilisé à foison, avec des combinaisons diverses, complexes, des superpositions, des imbrications…

Selon les régions, les motifs vont varier. Les stylisations florales, par exemple sont beaucoup utilisées, et produisent des décors riches de toute beauté. Un bon exemple : ces céramiques du musée d’Iznik, typiques de l’art ottoman :

Céramiques à décor floral - Turquie (Iznik)
Céramiques ottomanes à décor floral. Musée d’Iznik (Photo CC BY Turcolive)

Et la déco orientale chez soi ?

Maintenant que vous connaissez les codes de la décoration orientale, dans un prochain article, je vous donnerai des idées pour donner juste une touche orientale à une pièce, ou au contraire la transformer avec un total look, en vous prenant pour Shéhérazade !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *